Protoxyde d’azote : les moyens sont renforcés mais la crise persiste
10 février 2026

Le fléau du protoxyde d’azote persiste dans la capitale. Depuis plus de trois ans, Bruxelles-Propreté est confrontée à la présence massive de ces bonbonnes sur la voie publique. L’Agence a collecté en 2025, sur l’ensemble du territoire de la Région, approximativement 75 tonnes de ces cylindres, soit les mêmes quantités qu’en 2024. Des chiffres qui ne tiennent pas compte du très grand nombre de bonbonnes retrouvées par d’autres acteurs publics locaux ou régionaux. Face à la crise, Bruxelles-Propreté et sa filiale Bruxelles-Energie, en charge de l’exploitation de l’incinérateur, renforcent leurs dispositifs pour sécuriser la collecte et le traitement des déchets, mais appellent à une responsabilisation accrue des usagers et à un cadre d’action plus efficace.
La seule éclaircie dans un ciel toujours aussi sombre concerne les quantités de bonbonnes ramenées par les usagers dans les Recypark ou en Proxi Chimik (dispositif itinérant de collectes de petits déchets chimiques) qui ont doublé en un an, passant de 5 à 10 tonnes sur le total de 75.
Un texte flou
Depuis mars 2024 un arrêté royal interdit la vente et l'achat, l'offre, l'importation, le transport et la détention de gaz hilarant pour usage récréatif. Le texte était censé lutter contre l’usage détourné du gaz hilarant et ses conséquences néfastes. Manifestement, le caractère trop flou de la législation, basée sur des déclarations orales des acheteurs, ne semble pas permettre aux autorités d’agir efficacement pour lutter contre le phénomène “protoxyde d'azote” qui continue à toucher lourdement Bruxelles.
Les dépôts clandestins et leurs conséquences
En 2025, sur le total collecté, plus de 50 tonnes de bonbonnes de protoxyde d’azote ont été déposées clandestinement dans l’espace public avant d’être identifiées et évacuées par les équipes de l’Agence régionale.
Plusieurs tonnes de bonbonnes ont aussi pu être récupérées par les équipes de l’Agence grâce à des opérations de pré-tri, mais de trop nombreuses bonbonnes sont encore abandonnées dans des sacs-poubelles, des conteneurs d’immeubles ou des corbeilles publiques, échappant ainsi à la vigilance.
Les bouteilles de protoxyde mélangées aux déchets résiduels finissent alors leur trajet dans un des 3 fours de l’incinérateur de Bruxelles-Energie, filiale de l’Agence. Malheureusement, sous l’effet de la chaleur de combustion, le gaz résiduel présent dans les bonbonnes fait exploser le contenant endommageant les structures internes des fours.
Le broyage comme solution
En 2025, près de 500 explosions ont pu être recensées par des capteurs de pression installés dans les installations de Bruxelles-Energie. Des chiffres en diminution par rapport à ceux de 2024 (797) grâce à la mise en place de solutions de broyage sur les flux de déchets entrants. Cette étape préalable permet d’éventrer les éventuelles bonbonnes dissimulées dans les sacs ou dans les conteneurs et ainsi de les vider du gaz résiduel.
Grâce à ce processus, les arrêts des fours, provoqués par les bonbonnes, ont diminué de près de 30 % depuis 2024, passant de 35 à 25. C’est une belle avancée, mais la problématique met toujours l’ensemble de la chaîne industrielle, de la collecte à l’incinération, sous pression. Les risques auxquels font face les équipes et les menaces pour la continuité des activités sont bien plus élevés que dans des circonstances ordinaires.
Actuellement, seuls certains flux sont soumis à un broyage préalable, mais dans les prochains mois, l’objectif est de traiter de la même façon l’ensemble des déchets destinés à l’incinération et à la valorisation énergétique, ce qui devrait réduire considérablement les risques d’explosions et d’arrêts des fours. Il va sans dire que ces opérations engendreront des coûts et des réorganisations opérationnelles conséquentes.
Sécurité des équipes et neutralisation des bonbonnes
Parallèlement, Bruxelles-Energie, la filiale de Bruxelles-Propreté en charge de l’unité d’incinération, a mis en place un dispositif destiné à neutraliser le gaz résiduel contenu dans les bonbonnes individuelles identifiées et collectées en voirie par ses services ainsi que par d’autres entités publiques, telles que les communes. Cette opération de neutralisation a lieu avant d’entamer le processus de recyclage des bouteilles elles-mêmes. En 2025, 153 tonnes de cylindres usagés ont ainsi été inertées, puis recyclées.
La sécurité des travailleurs reste une priorité absolue pour Bruxelles-Propreté et Bruxelles-Energie. Les parois des fours ont ainsi été renforcées, ces dernières années, pour éviter que des bonbonnes ne passent à travers les murs. Les hublots d’inspection permettant de regarder à l’intérieur des fours ont également été condamnés et les procédures de pilotage de l’usine revues.
Toutes les opérations en lien avec la présence des bonbonnes de protoxyde d’azote engendrent des coûts directs et indirects supplémentaire pour l’Agence régionale et pour la Région. En 2025, ils peuvent être estimés à plus de 12 millions d’euros dont 9 millions directement impacté sur le budget de l’Agence.






